Happy Few Mag


À CAUSE DE L'ETERNITÉ
de Georges-Olivier Châteaureynaud
aux Editions Grasset

Georges-Olivier Châteaureynaud est un aérolithe dans le monde littéraire. Après « L'Autre Rive », Grand Prix de l'Imaginaire 2007, il nous régale 14 ans plus tard du 2ème volet de son diptyque. Une fresque d'une ambition démesurée de 700 pages dans lequel les merveilles de l'imaginaire se fondent dans une réalité sublimée. L'action se déroule de nos jours dans l'arrière-pays d'une bourgade bâtie au bord du Styx, en Normandie, où règne l'esclavage, à quelques encablures des Enfers avec des précipitations étranges, pluies d'insectes et d'animaux où s'échouent des créatures venues de l'autre rive, sirène, centaure, minotaure... Sacré chrétien et fantastique païen s'entremêlent avec une esthétique hippie tout au long de ce récit dense, gothique, baroque, en un mot qui n'a pas d'équivalent dans la littérature actuelle. On tourne chaque page en se demandant dans quel dédale l'auteur va encore bien pouvoir nous entraîner, à quelle sauce nous allons être dévorés. D'une ambition littéraire démesurée « A cause de l'éternité » fait partie de ces œuvres-phares qui vont au bout des limites avec une maîtrise de la langue absolue et qui marquent une époque.Tim Burton pourrait d'urgence l'adapter. Prix Renaudot, Goncourt de la nouvelle, il faudrait inventer un nouveau prix et le décerner d'office à Georges-Olivier Châteaureynaud, le Prix du Rêve Surréaliste comme on aurait pu le donner à Breton, Cendrars, Cocteau.

 

DIVINE JACQUELINE
de Dominique Bona
aux Editions Gallimard

Au départ la surprise domine à la lecture de cet ouvrage. Dominique Bona, de l'Académie française, biographe de Colette, Romain Gary, Stefan Zweig, qui nous habitués à des portraits de femmes célèbres, Gala Dali, Camille Claudel, Clara Malraux... s'attaque dans un pavé de plus de 500 pages à une socialite, entendez par ce terme trompeur une personnalité mondaine, chic et snob. Née Bonnin de La Bonninière de Beaumont dont le nom remonte aux croisades, petite fille du fondateur de la banque Rivaud, Olivier de Rivaud de La Raffinière, épouse du vicomte Edouard de Ribes dont l'un des ancêtres a financé la fuite du Roi à Varennes. Jacqueline qui vit le jour un 14 juillet a toujours été sur le devant de la scène, habillée par Dior, coiffée par Alexandre, photographiée par Avedon... elle créée en 1983 sa maison de couture sous les auspices bienfaiteurs de Yves Saint Laurent et se donne à fond dans les affaires entre bals de charité, dîners de galas, voyages à New-York, Venise, Ibiza...l'une des reines incontestées des fameux « cygnes » chers à Truman Capote, elle est à 91 ans la dernière des héroïnes proustiennes. Toute sa vie elle aura travaillé à sa propre mise en scène , n'est-elle pas « celle par qui tout finit » Un document sur une époque que l'on ne revivra plus jamais, un monde englouti où l'élégance était un art de vivre.

 

AUTOMORIBUNDIA 1888-1948
de Ramón Gómez de la Serna
aux Editions Quai Voltaire

Un monument du genre que ces « Mémoires moribonds » du grand écrivain espagnol oublié. Parus en 1948 à Buenos Aires ces Mémoires sont considérés comme son chef d'oeuvre. Mille pages fourmillantes de vie, de misère, d'orgueil toute l'humaine et triste condition est dans ces carnets autobiographiques de Ramon Gomez de la Serna que Valéry Larbaud considérait à juste titre comme un égal de Proust ou de Joyce. Surdoué inventeur du sous-genre littéraire, la « gregueria », sorte d'aphorisme drôlatique, on songe parfois à Alfred Jarry, le livre paraît lorsqu'il a soixante ans, exilé en Argentine, oublié de tous après la guerre civile espagnole, il sent la maladie et la mort se rapprocher d'où le terme « autobiographie moribonde ». Au-delà de son histoire personnelle AUTOMORIBUNDIA est aussi la somme des expériences stylistiques, poétiques, spirituelles et obsessionnelles de la vie d'un homme. D'une incroyable virtuosité ce livre-somme littéraire dont c'est la première traduction française est d'une telle richesse que l'on est parfois tourneboulé par ce déluge de mots, par cette puissance créatrice dont chaque page recèle une pépite. Ce livre de la dernière chance vous fera du bien en ces temps moribonds et triviaux. Ecoutons ce porte-parole du baroquisme hispanique moderne à l'humour souvent décapant « Je ne me suis caché ni pour raconter ni pour vivre, mais ce livre éclaire tout ce qui aurait été dissimulé ».

 

VIES PARALLÈLES : De Gaulle Mitterrand
de Michel Onfray
aux Editions Robert Laffont

Michel Onfray : un phénomène philosophique, littéraire, médiatique, une somme de culture et d'intelligence à la prolificité rare avec quatre à six livres par an en moyenne. Avec son nouvel opus, le 112ème, ce polémiste nous régale avec ces « Vies Parallèles », clin d'oeil à Plutarque, et se révèle bien que venu de la gauche libertaire et post-anarchiste, un gaulliste à tout crin tant il démontre que l'homme du 18 juin était à lui seul l'incarnation d'une France qu'il a toujours servie tandis que l'autre s'en est servi pour sa gloriole. Après ce réquisitoire fouillé et inattaquable, gageons que le mégalomane président qui a conspué la Vème République pour mieux la mettre à son service ne s'en remettra certainement jamais. Même si Onfray ne dissimule en rien certains aspects du Général qui pouvaient ne point être consensuels, sa charge contre Mitterrand, tellement juste et documentée restera dans les annales du genre. Un court extrait de ces Vies Parallèles suffit quant à l'urgence de lire et archiver cette diatribe jubilatoire : « l'homme de l'union de la gauche qui avait jadis conquis le pouvoir au nom du socialisme était devenu après deux mandats un florentin emblématique dont on découvrait les maîtresses, la double vie payée par l'état, la fille cachée, le passé vichyste estampillé par l'attribution d'une francisque, la constante fidélité aux amitiés pétainistes, un chef de l'état actif pour entraver le procès de Papon, Bousquet ou Barbie... ». Quand on pense que ce dirigeant voulait un mémorial à Bibracte, haut lieu de l'histoire de France dans sa période gauloise, on respire de le savoir pour l'éternité à Jarnac dans un cimetière appelé des « Grands Maisons ». La folie des grandeurs jusqu'au bout.

 

LA GRÂCE
de Thibault de Montaigu
aux Editions Plon

L'une des pépites de la rentrée littéraire signée Thibault de Montaigu qui n'en est pas à sa première réussite, nous avions adoré dans un autre registre, « Voyage autour de mon sexe », vibrant éloge de la masturbation. Cette fois il nous parle de Dieu, mieux, d'un contact charnel avec Dieu. Il raconte dans «La Grâce » sa dépression qui l'a conduit à sa conversion comme cela fut le cas pour son oncle Christian, frère franciscain emporté par la maladie, touché par la grâce à 37 ans, au même âge que l'auteur, après une vie de fêtes et d'excès. A l'inverse donc de ce qu'exige la foi, mais n'y a-t-il pas un précédent célèbre avec Pascal et son grand pari  ? Commence alors une enquête sur le destin extraordinaire de ce parent où la pauvreté remplace le luxe et où la futilité des soirées mondaines cède la place aux vertus théologale chères à Péguy : la foi, l'espérance et la charité. « La Grâce » relate quelques moments forts de la vie de Saint-François d'Assise qui décide de tout abandonner à 26 ans pour vivre selon les préceptes du Christ mais se réfère également à des auteurs majeurs obnubilés par la religion, Julien Green, Nietzsche, Dostoïevski. En « passant du Bottin Mondain » au Nouveau Testament » Thibault de Montaigu assume cette conversion qu'il ne pourra d'ailleurs peut être pas vivre dans la durée car « il n' y a rien de plus commun que le malheur des hommes lorsqu'ils comprennent qu'ils ne seront jamais rien d'autre qu'eux mêmes ». Brillant.

 

CRÉNOM, BAUDELAIRE !
de Jean Teulé 
Mialet-Barrault Editeurs

Le nouvel opus à scandale de Jean Teulé. Après s'être glissé dans l'intimité et le génie des poètes Rimbaud, Verlaine, Villon, après avoir érotisé à l'extrême la passion d'Abélard pour Héloïse, raconté dans Charly 9 la fin de race des Valois, ridiculisé Monsieur de Montespan, cocu magnifique s'il en est, il se glisse cette fois dans la folie, la perversion et le génie de Baudelaire. Si les Fleurs du Mal ont à jamais changé le destin de la poésie française, l'artiste qui les a mises en musique pour l'éternité était un homme plutôt détestable. Charles Baudelaire ne respectait rien ni personne, dandy bouffi par la drogue, rongé par des maladies vénériennes,Crénom Baudelaire ! fait se succéder en 400 pages l'ignoble et le sublime. Ce dandy halluciné fou de beauté et d'idéal a vécu comme un paria. Dans ce style inimitable qui a fait de Jean Teulé l'un des auteurs les plus doués de la littérature du début du XXIe siècle il restitue ici la lente descente aux enfers d'un prince des nuées dans les bouges et la saleté d'un Paris pré-haussmannien. Sa relation avec Jeanne Duval, sculpturale négresse des bas-fonds, égérie pourrie jusqu'à la moelle nous vaut des pages superbement sordides. Parsemées de quelques-uns des plus beaux poèmes de Baudelaire enfantés dans la douleur et la noirceur, ces pages nous ravissent et nous dérangent telle la part inavouée de nos propres obsessions.

 

LES BONS GARÇONS
de Pierre Adrian
aux Editions des Equateurs

Pas encore 30 ans et un style bien à lui, puissant, reconnaissable par la justesse des mots se traduisant par un récit au caractère implacable. Pierre Adrian accumule les prix depuis sa 1ère œuvre  La Piste Pasolini  (Prix des Deux Magots, Prix François Mauriac de l'Académie française) puis avec Des âmes simples(Prix Roger Nimier, Prix Spiritualité d'Aujourd'hui), Il revient dans cette Italie qui l'inspire, se déroulant d'ailleurs à peu près à la même époque et dans la même zone géographique que celle de  l'assassinat du cinéaste de génie Pasolini sur la plage d'Ostie en 1975. La trame du drame de ce nouvel opus tiré d'un fait réel se déroule entre  Rome et  la station balnéaire de San Felice Circeo (qui tire son nom de l'épisode d'Ulysse et de ses compagnons débarquant non loin du palais de Circé la magicienne qui ensorcela les marins transformant les hommes en porcs au cours d'un banquet de fête).  C'est toute l'Italie des Années 70 qui revit dans les pages de ce roman noir, sans concession sur une société à deux vitesses, les victimes issues de la classe ouvrière et les bourreaux, pas tout à fait sortis de l'adolescence, vivant dans les beaux quartiers et dont les parents possédant  de somptueuses propriétés n'ont guère le temps de s'occuper de leurs progénitures, ces derniers, époque oblige Mai 68 étant passé par là,  se jettent à corps perdu dans les paradis artificiels, la sexualité et la violence. La fin de l'enfance, les dernières insouciances, la sensualité et la séduction, et si les lieux avaient une âme ? Une œuvre forte, dérangeante, qui se dévore d'un trait.  

  

MÉMOIRES DE GUERRE - MÉMOIRES D'ESPOIR
de Charles de Gaulle
aux Editions Plon

Triple anniversaire pour le dernier des géants de l'Histoire, en effet l'année 2020 marque les 130 ans de sa naissance, les 80 ans de l'Appel du 18 juin et les 50 ans de sa mort. A cette occasion PLON réunit dans un même volume une somme politique et littéraire de plus de 1500 pages, les Mémoires de Guerre du Général de Gaulle, compte rendu des événements entre 1940 et 1946, les Mémoires d'Espoi r écrites dès son retour aux affaires politiques en 1958 jusqu'à sa mort en 1970, ces deux oeuvres complétées par les conférences de presse, allocutions, discours et messages sélectionnées par son fils l'amiral Philippe de Gaulle. D'une lecture aisée, dans une présentation élégante, cette œuvre est essentielle pour la compréhension des conceptions de cet homme providentiel tant sur la guerre que sur les institutions, sur l'amour de la France qui n'était pas alors un vain mot. C'est toute une époque qui revit quand la noblesse de la politique avait un sens. A cette vaste entreprise s'ajoute le livre d'un authentique écrivain, grand admirateur de Chateaubriand et remarquable lettré. La phrase d'ouverture devrait être inscrite sur les frontons des Assemblées « Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France ». A l'issue de cette lecture on est certes fier d'être français mais on mesure ce qu'en ont fait les succédanés qui lui ont succédé à ce poste. Un bréviaire de la Grandeur.

 

L'ITALIE BUISSONNIÈRE
de Dominique Fernandez de l'Académie française
aux Editions Grasset

Auteur d'une œuvre considérable dont de nombreux chefs d'œuvre (Porporino ou les Mystères de Naples, Dans la Main de l'Ange, Le Rapt de Ganymède...) , Dominique Fernandez a obtenu les plus hautes récompenses littéraires. Avec son nouvel ouvrage il nous entraîne sur le chemin des écoliers dans une Italie qu'il connaît si bien pour y avoir vécu, l'avoir tant de fois arpentée et s'en être imprégné au plus profond de lui-même. Loin des sentiers battus, des musées, palais et églises abritant tant de peintures et de sculptures connues dans le monde entier, il se livre avec cette « Italie Buissonnière » à une chasse aux trésors, de la Sicile au nord de l'Italie en passant par le sud nous faisant découvrir des œuvres isolées dans des villages reculés ou au sein même des villes-musées proposant un pèlerinage de la beauté d'une manière jamais tentée. Que ce soit dans une banque, une chambre privée, un cloître quasiment inaccessible, une sacristie, un palais anonyme, un cimetière, des carrières voire des friches industrielles il recense des pièces maîtresses dont nul ne soupçonne l'existence. Pétrie d'érudition, cette traque s'avère un manifeste du beau à la gloire de l'Italie et de son art unique conté par le plus grand écrivain-esthète de son époque qui avoue « Entre l'Italie et moi ce fut un coup de foudre qui s'est métamorphosé avec le temps en une longue histoire d'amour ».

 

AU SOLEIL REDOUTÉ
de Michel Bussi aux Editions Presses de la Cité

Dans le trio de tête des auteurs les plus vendus et les plus lus en France avec Guillaume Musso et Marc Lévy, Michel Bussi est sans conteste l'un des écrivains les plus ingénieux et les plus machiavéliques dans l'art de raconter des histoires. Le rythme soutenu et haletant de son dernier livre ne fait que confirmer après Nymphéas noirs, Un avion sans elle, Ne lâche pas ma main, N'oublier jamais, Gravé dans le sable, Maman a tort... son sens aigu du suspense. Au cœur des Marquises où planent les âmes de Brel et Gauguin, un célèbre auteur de best-sellers anime un atelier d'écriture qui va se solder par un jeu diabolique où chacun ment et meurt à tour de rôle. Sous la forme d'un récit peu conventionnel auquel s'ajoute le mystère des lieux, un huis clos à ciel ouvert dans les eaux bleues du pacifique où l'île
d'Hiva Oa devient le théâtre de tous les soupçons, à la fois enfer et paradis.
Michel Bussi ne faillit pas à sa démarche édictée tout au long de son œuvre : « j'aime qu'entre le point de départ de l'histoire et la dernière page, la résolution paraisse impossible ».

 

ON N'EST JAMAIS MIEUX SOIGNÉ QUE PAR SOI-MÊME
du Dr Frédéric Saldmann aux Editions Plon

Internationalement reconnu comme le spécialiste de l'optimisation de notre capital santé, le Dr Frédéric Saldmann, après une dizaine d'ouvrages dont son dernier best-seller « Vital ! » nous propose de prendre directement notre santé en main, à chacun de faire sa révolution. Vivre mieux et plus longtemps est son unique credo et pour cela il suffit de devenir son propre médecin en écoutant son Moi grâce aux conseils avisés de cet expert qui vous transforme vous aussi en expert de votre corps. Connaître ce qui vous convient le mieux afin de le mettre en pratique 24 H sur 24. Aliments protecteurs et nuisibles, gestes sains, comportements à éviter, gérer son poids, son stress, son sommeil. De la tête aux pieds en passant par le sexe et en terminant par 10 commandements, il fait preuve avec savoir et humour de tout ce qui peut nous éviter des tracas en nous rendant maître de nous-mêmes.
What else que cette bible pour une vie aussi épanouie qu'agréable en ces temps perturbés ?

 

LES BONNES ÂMES DE SARAH COURT
de Craig Davidson aux Editions Albin Michel

Dans la collection Terres d'Amérique le nouveau livre coup de poing de Craig Davidson après son recueil de nouvelles qui l'a propulsé dans l'univers de la littérature nord-américaine : « Un goût de rouille et d'os » dont la nouvelles-titre a été portée à l'écran par Jacques Audiard.
Sarah Court est un sordide lotissement à Niagara Falls où vivent cinq familles étranges et dérangeantes. A la frontière des genres entre comédie et horreur, cruauté et compassion, Sarah Court illustre l'apophtegme sartrien « L'enfer c'est les autres ». Une nouvelle exploration des âmes profondément noire à l'image des chapitres qui se succèdent : Eau noire, poudre noire, boîte noire, carte noire, tache noire. Une galerie de personnages tous plus amochés les uns que les autres par un auteur sombre à la vision de l'existence tragique « Nous traversons la vie en faisant l'impasse sur les aspects de notre personne avec lesquels nous ne voulons pas composer . Nous mourons complètement étrangers à nous mêmes ». Terrifiant et passionnant.

 

JOURNAL INTÉGRAL - Tome 1 (1919-1940)
de Julien Green aux Editions Robert Laffont

Dans la remarquable Collection Bouquins cette édition établie par Guillaume Fau, Alexandre de Vitry et Tristan de Lafond présente pour la première fois le Journal intégral de Julien Green tenu de 1919 à sa mort en 1998. Plus de 1300 pages pour ce 1er tome couvrant les années 1919 à 1940. La volonté de l'ayant droit de Julien Green et l'accessibilité des manuscrits déposés à la BNF ont rendu possible cette gageure littéraire.
60 % de texte supplémentaire livrant sans détour la vie intime, amoureuse et sexuelle du grand romancier catholique ainsi qu'une opinion souvent iconoclaste sur ses pairs , Gide, Cocteau, Mauriac, Montherlant, Malraux... C'est toute une époque qui revit perçue sous l'angle de la subjectivité et des relations personnelles de l'auteur. Ce dernier s'est toujours refusé à faire paraître de son vivant cette « confession qui rétablissait la vérité mais souhaitait ardemment que l'on « sache tout de lui » et que soit exhumé le moment venu sa vérité. Il tenait à juste titre les exigences de la chair pour indissociables de celles de l'esprit. Cela nous vaut des pages souvent crues à la limite pornographique mais c'est tout un pan de la vie d'un homosexuel de la 1ère partie du XXe siècle qui revit dans ces pages, érigeant un document humain , existentiel et sociologique passionnant. Une somme.

 

LES ESSAIS de MONTAIGNE
aux Editions Robert Laffont (Bouquins) - Mollat

Œuvre fondatrice des lettres françaises et par delà de la pensée occidentale moderne, les Essais de Montaigne viennent d'être rajeunis et rafraîchis par Bernard Combeaud avec le concours de Nina Mueggler avec une remarquable préface de Michel Onfray. Cette entreprise monumentale vise, à partir de l'édition de 1595, à offrir des Essais restaurés et revitalisés afin que chacun, même s'il n'est pas érudit ni savant, puisse se plonger dans cette somme écrite il y a plus de quatre siècles par celui que Stefan Zweig saluait comme « l'ancêtre, le protecteur et l'ami de chaque homme libre sur terre ». Montaigne, ce penseur philosophe est un modèle pour les générations futures, il demeure le plus contemporain des classiques, il est en littérature ce que Léonard de Vinci fut pour la peinture. Il faut lire et relire Montaigne afin de « savoir jouir loyalement de son être », cet humain trop humain devenu le plus irremplaçable des êtres.

 

UN CERTAIN PAUL DARRIGRAND
de Philippe Besson aux Editions Julliard

Dans la même veine autobiographique que son précédent ouvrage « Arrête avec tes mensonges », Philippe Besson avec une sensualité toujours exacerbée poursuit sa confession de l'intime. Le thème de la simultanéité du désir et de la souffrance omniprésent dans ce nouvel opus n'est pas sans rappeler l'un de ses livres majeurs adapté au cinéma par Patrice Chéreau, « Mon frère ». Rarement les amours de jeunesse auront été décrits avec une telle sensibilité, Philippe Besson devient ici un entomologiste de la difficulté d'être et d'assumer ce que l'on est. Un roman grave et mélancolique sur les amours impossibles où la mort rode prête à s'abattre, truffé d'hommages à ceux qui ont nourri son inspiration en particulier Hervé Guibert ou Tanizaki et son « Eloge de l'Ombre ». Un auteur désormais essentiel dans le ciel littéraire français.

 

 

 

LES VARIATIONS SENTIMENTALES
de André Aciman aux Editions Grasset

Après « Appelle-moi par ton nom » qui a connu un succès international, André Aciman né en Egypte, fin connaisseur de la littérature française, spécialiste de Proust, passionné d'Italie et installé à New-York nous livre une réflexion sublime sur le désir, ses subtilités, ses méandres dans ces « Variations Sentimentales », son second roman traduit en France. Un livre qui se dévore à l'image de la passion qui sous tend ce récit. Puissance des mots, force dans la description de la vie amoureuse d'un homme protéiforme qui nous entraîne dans le tourbillon d'une âme humaine, dans ses recoins les plus obscurs, une maladie d'amour puissamment décortiquée, analysée, une vie sentimentale mouvementée où les sens sans cesse en éveil du narrateur se heurtent à des personnages complexes.

 

 

 

CHIEN-LOUP
de de Serge Joncour aux Editions Flammarion

Auteur de 11 livres, Serge Joncour nous livre avec son Chien-Loup son meilleur roman. Une œuvre puissante qui raconte l'histoire, à un siècle de distance, d'un village du Lot. Ereintant le milieu du cinéma à travers ses deux héros, Lise l'ancienne comédienne et son mari Franck, producteur, qui s'installent un mois durant sans aucun moyen de communication avec pour seul compagnon un chien-loup surgissant de nulle part dans une gîte perdu au passé sanglant qui avait abrité un dompteur allemand et ses lions pendant le Première Guerre Mondiale. Si le monde évolue la sauvagerie demeure, sauvagerie des animaux mais aussi des hommes qui ne tardent pas à retrouver leurs instincts primaires. Car la violence enfouie resurgit inévitablement au cœur de nos existences « civilisées ». Un texte foisonnant et lyrique, angoissant , une belle écriture d'une puissance égale à ce récit ou s'entremêlent deux époques qui ne sont pas si éloignées l'une que l'autre sur des thèmes aussi éternels que sont la nature, l'animal et l'humain où la sauvagerie l'emporte sur la civilisation quelle que soit l'époque.

 

LES SOEURS LIVANOS
de Stéphanie Des Horts aux Editions Albin Michel

Journaliste, critique littéraire, auteur de biographies, Stéphanie des Horts nous livre avec son nouvel ouvrage un passionnant portrait des sœurs Livanos qui possédaient tout, beauté, intelligence, élégance, et fortune en épousant les richissimes Onassis et Niarchos. De New-York à Paris, de Saint-Moritz aux villas de rêve de les mer Egée le lecteur parcourt un itinéraire de la jet-set avec ses outrances, ses fastes où ne règne qu'un dieu : l'argent. L'argent roi que manipule ces deux redoutables hommes d'affaires, ennemis jurés s'affrontant à coups de pétrodollars, de palais, d'intrigues politiques, d'oeuvres d'art...Des personnages phares d'une époque accompagnent ce quatuor infernal, Jackie Kennedy, Maria Callas, Gianni Agnelli, Marilyn Monroe... Mais le drame est omniprésent au milieu de ces frivolités, ces Atrides modernes en feront les frais. Un récit passionnant sur un univers de démesure et de luxe.

 

 

KHALIL
de Yasmina Khadra aux Editions Julliard

Auteur de la trilogie Les Hirondelles de Kaboul, l'Attentat et Les Sirènes de Bagdad , Yasmina Khadra est l'un des auteurs les plus lus et les plus traduits dans le monde. Mettant en avant les ravages de l'islamisme dans son œuvre, Khalil ne fait pas exception à la règle avec cette plongée vertigineuse dans l'esprit d'un kamikaze appartenant au groupe de ceux qui ont frappé la France le 13 novembre 2015. Car Khalil devait ce soir là faire beaucoup de morts parmi les civils mais le détonateur de sa ceinture d'explosifs n'a pas fonctionné alors il s'interroge , victime d'une machination, d'un incident technique ? Livré à lui même il pratique une introspection cherchant de nouveaux repères. Qu' a-t-il essayé par son geste non abouti de prouver ? Contre qui voulait-il se venger ? La famille, la société ? Yasmina Khadra excelle en nous faisant pénétrer dans la tête d'un individu désorienté qui croit s'insurger contre l'ordre des choses alors qu'il n'est en fait que son propre ennemi. Mais combien de Khalil sont aux portes de nos cités ? Glaçant.

 

DESTIN FRANCAIS
de Eric Zemmour aux Editions Albin Michel

Un auteur de premier plan vilipendé, attaqué de toutes parts comme seuls le sont ceux qui vont bouger les lignes, défiant une bienpensance qui est en train de faire crever notre pays. Et heureusement, contrairement à ces écrivaillons pseudo philosophes qui sont légion vantant le multiculturalisme et le transhumanisme Zemmour vend (500.000 exemplaires du Suicide Français) car Zemmour écrit ce que les français dans leur grande majorité pensent et ont envie de lire. Depuis 40 ans un travail de déconstruction a fait de ce pays un tas de ruines niant jusqu'à l'existence de la France. Avec le Destin Français il se livre à la reconquête de notre pays à travers son Histoire et les personnages qui ont façonné ses racines et l'ont bâti de toutes pièces. On préfère aujourd'hui raconter l'histoire des français, l'histoire du monde, tout sauf l'histoire de France. Depuis De Gaulle puis Pompidou on ne peut pas dire que les présidents qui se sont succédé aient essayé de lui redonner son lustre et sa grandeurs étant eux mêmes pas suffisamment Grands pour l'Histoire de ce pays.

 

UN PROBLEME AVEC LA BEAUTE :
Delon dans les yeux de Jean-Marc Parisis

aux Editions Fayard

Jean-Marc Parisis nous livre un biopic très personnel de l'un des plus grands acteurs français. Avec 87 films en 60 ans de carrière, dont quelques œuvres majeures, Rocco et ses frères, Plein Soleil, le Samouraï, Monsieur Klein, le Clan des Siciliens... et beaucoup de polars de série B, ceux qu'il a signés en tant que producteur-réalisateur dans les années 80, Alain Delon plus qu'un acteur est un mythe comme Bardot ou Belmondo. Enfant solitaire, il jouait dans une cour de prison non loin de la cellule où Genêt écrivit « Le Condamné à mort », doté d'une beauté ravageuse qui lui a ouvert bien des portes, il est le symbole d'un âge héroïque, vieillissant comme le Prince de Salina et ne se faisant plus aucune illusion sur le monde. Delon est un solitaire, un marginal, un solaire bipolaire, comme l'écrivait Pascal Jardin « un personnage shakespearien égaré dans un siècle de séries noires ». Le passé est dépassé, Visconti, Melville et Clément sont partis, le cinéma n'est plus une usine à rêves. Rien ne fut simple, ses amours tumultueuses de Romy à Mireille en passant par Nathalie. Admirateur inconditionnel du fondateur de la Vème République, il pourrait faire sienne aujourd'hui cette phrase de Charles de Gaulle : « Tout est vain, tout est inutile ». Une fresque loin des clichés, une réinterprétation de ce que fut ce personnage proustien dont la beauté fut à n'en point douter un problème.

 

DICTIONNAIRE AMOUREUX DU FESTIVAL DE CANNES
de Gilles Jacob aux Editions Plon

Une référence absolue pour les inconditionnels du plus célèbre Festival de Cinéma du Monde même si Venise, Toronto, Berlin lui taillent régulièrement des croupières et ce n'est pas le « petit » cru 2018 qui va aider à rétablir la suprématie de la grande époque, celle précisément où officia Gilles Jacob qui en quatre décennies a vécu en direct en tant que journaliste d'abord puis Directeur du Festival et enfin Président, l'Âge d'Or de cet événement planétaire. Un Dictionnaire très personnel qui permet de découvrir de l'intérieur Cannes, un vaste Barnum avec ses grandes années, ses moments magiques mais aussi ses polémiques, ses excentricités. On retrouve les plus importants metteurs en scène, les producteurs, les stars mais aussi les festivaliers, les palmarès controversés... tout un monde qui alimente la « machinerie Cannes ». Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le 7ème Art conté par un Amoureux, parfois transi, mais toujours passionné. Indispensable.

 

UNE VIE COMME LES AUTRES
de Hanya Yanagihara aux Editions Buchet Chastel

Le grand roman épique américain est de retour de façon magistrale avec A little life , titre original de ce pavé vendu à un million d'exemplaires dans plus de 20 pays. Hanya Yanagihara, lauréate du prestigieux Kirkus Prize for Fiction, conte dans cet ouvrage trois décennies de la vie de quatre amis de fac venus conquérir New-York. Elle plonge le lecteur dans les vies intérieures et les destins de ces personnages avec une intensité rare, un voyage au cœur des profondeurs de la cruauté humaine où le pouvoir de l'amitié joue un rôle réparateur. Posant des questions sur des sujets essentiels tels l'humanisme, l'euthanasie, la psychiatrie elle interroge le lecteur devenu voyeur sur nos dispositions à l'empathie. Une œuvre d'une force inouïe, désormais une référence absolue sur les œuvres abordant ces sujets sensibles. Un livre-phénomène unanimement salué par la presse et les lecteurs.

 

 

UNE ADOLESCENCE AU TEMPS DU MARECHAL
de François Augiéras aux Editions Bartillat

Il ne figure ni dans le Robert ni dans le Larousse et pourtant ce bel insoumis génial et insupportable déborde de talent. Poète maudit ou franc tireur, insaisissable, s'échappant de tous les dogmes sauf de ceux de la nature qu'il préfère et de loin aux hommes, récitant Rimbaud sous les astres, passant sa vie entre le Périgord, l'Algérie, le Sahara, loin de Paris qu'il abhorre, infatigable vagabond lancé dans une course sans fin avec pour toile de fond la présence rassurante et inquiétante des forces de la Nature, François Augiéras est un aérolithe dans le ciel de la littérature. Son récit autobiographique, préfacé par Jean Chalon, est le sommet de son œuvre après Le Vieillard et l'Enfant dans les Années 50 sous le pseudonyme d'Abdallah Chaba dont s'entichèrent dès la lecture Gide et Camus, Queneau... puis Le Voyage des Morts signé du même Abdallah avant l' Apprenti Sorcier en 1964 et ce n'est qu'en 1968, 3 ans avant sa mort à 46 ans de misère et d'épuisement, qu'il existe enfin sous son vrai nom. Car on ne fréquente pas impunément les étoiles sans donner beaucoup de soi. Tel un Petit Prince qui dessinera lui même des fresques presque toutes disparues et qui à l'issue de son voyage initiatique hurlera aux quatre vents « Faire confiance aux hommes, oui ! A ceux de l'Avenir ! A l 'Homme actuel, non », Je crains bien qu'il ne faille encore attendre.

 

LES ABYSSES DU MAL
de Marc Charuel aux Editions Albin Michel

Glaçant de bout en bout le nouveau thriller de Marc Charuel nous plonge au cœur des folies de la perversion humaine. Après Le Jour où tu dois mourir, Chiens enragés, Les Soldats de papier... il nous conduit dans les mystères de la face cachée du Net, un monde parallèle aux réseaux sociaux incontrôlables et aux mafias spécialisés dans le marché de la mort en direct, ces snuff-movies bien réelles qui ont défrayé la chronique. Cet ancien reporter de guerre et journaliste a couvert pendant plus de trois décennies les grands événements internationaux qu'il utilise habilement dans ses fictions. La mort vue en tant que spectacle jouissif pour lequel certains, protégés par un écran, sont prêts à payer très cher pour y assister en direct. Un monde parallèle où le but ultime du tueur est d'être le plus inventif afin de satisfaire la part la plus obscure de l'homme.

 

 

APPELLE-MOI PAR TON NOM
de André Aciman aux Editions Grasset

Flamboyant roman d'amour paru en 2008 signé André Aciman né en Egypte et vivant aujourd'hui à New-York. Remarquablement traduit par Jean-Pierre Aoustin Call me by your name, son titre original, vient d'être magnifiquement adapté au cinéma par Luca Guadagnino et a glané de nombreuses récompenses dans quelques-uns des plus prestigieux festivals de cinéma. C'est le moment de lire ou de relire cette réflexion sur désir et la passion dont on ne sort jamais indemne. Dans une langue précise et sensuelle l'auteur évoque l'intimité des corps mais aussi la violence inhérente à tout amour hors du commun. D'une puissance qui n'est pas sans rappeler le cultissime Brokeback Mountain cette superbe balade amoureuse est un hymne à la puissance des sentiments qui dépassent les individus.

 

 

A MALIN, MALIN ET DEMI
de Richard Russo aux Editions Quai Voltaire

Bijou de férocité et de drôlerie, le dernier roman de Richard Russo, l’auteur du « Déclin de l’empire Whiting » qui lui valut le Prix Pulitzer en 2002 ou d’« Un homme presque parfait » superbement adapté au cinéma est une œuvre jubilatoire d’une extrême densité peuplée de personnages déjantés. Sully, buveur, fumeur, facétieux, plus rusé qu’un vieux loup de mer est un homme qui attire la poisse dans cette ville de North Bath, station balnéaire dans l’Etat de New-York. Douglas Raymer, personnage secondaire d’Un Homme presque parfait devient ici le véritable héros de ce livre dont le titre américain définit parfaitement l’esprit de ce roman foisonnant : «  Everybody’s fool  ». En effet tout le monde est fou ou en passe de le devenir dans cette chronique insolite où chacun va apprendre à affronter les grandes misères de leurs petites existences. Impossible de raconter la trame de ce récit de 700 pages qui vous prend littéralement au corps. Iconoclaste à souhait.

 

 

LES CYGNES DE LA CINQUIEME AVENUE
de Melanie Benjamin aux Editions Albin Michel

Un remarquable tableau de la haute société new-yorkaise des années 50 où l’élégance, la richesse voisinent avec le scandale. L’héroïne Babe Paley est l’une de ces « Cygnes de la Cinquième Avenue », ces femmes fascinantes qui représentaient le bon goût, le charme, le style et qui évoluaient dans le cercle très fermé des milliardaires, les Stuyvesant, les Vanderbilt, les Roosevelt…  faisant la Une de Vogue ou de Vanity Fair.
Mais en dépit de la fortune plane la solitude, la tristesse, le mal de vivre  et au fond une terrible insatisfaction. Arrive le cheval de Troie en la personne de Truman Capote, l’écrivain extravagant fasciné par ce monde  qu’il veut pénétrer  sans en être, prêt à tout pour un bon mot et pour se faire remarquer. Melanie Benjamin remet à sa juste place cet homme de peu de « sang froid » fat et finalement plutôt futile.
Un portrait désespéré et cruel de cet univers qui paraît si facile mais pourtant si fragile.

 

NOUS TOURNONS EN ROND DANS LA NUIT
de Daniel Alarcon aux Editions Albin Michel

Dès son 1 er livre La Guerre aux Chandelles Daniel Alarcon né au Pérou mais élevé en Alabama s’est imposé comme l’un des meilleurs romanciers américains de ces dernières années.  Lost City Radio l’a définitivement consacré et le nouvel ouvrage de ce maître de la composition ne fait que confirmer  cet enthousiasme qui lui a valu de nombreux prix littéraires. Nous tournons en rond dans la nuit mêle avec maestria les thèmes majeurs que sont l’art, la politique, l’amour qui s’entrecroisent dans ce roman engagé puisque le thème de la révolution et de la guerre civile qui ont ensanglanté le Pérou  dans les années 1980/1990 (même si le pays n’est pas directement nommé) ont laissé des séquelles indélébiles.  Conteur né, l’auteur réinvente la construction du récit et ses personnages, Nelson le jeune héros, Henri Nunez, le leader de la troupe guérilla Diciembre évoluent jusqu’au chaos le plus  total. Tels des papillons dans la nuit sud-américaine hantée par les fantômes de la dictature ils ne peuvent que tourner en rond et  retourner inexorablement vers leur destin.
Ambitieux et totalement réussi.

 

1917 L'ANNEE QUI A CHANGE LE MONDE
de Jean-Christophe Buisson aux Editions Perrin

C’est le livre du centenaire. 1917 est une année cardinale dans l’histoire du monde. Année essentielle dans le déroulement de la 1 ère Guerre Mondiale avec la première intervention militaire des Etats-Unis en Europe inaugurant leur leadership sur la planète, la Révolution bolchévique en Russie avec la naissance d’une idéologie meurtrière qui bouleversera et ensanglantera le XXe siècle. Mais la grande idée de ce livre-mémoire est de replacer au sein des grands événements politiques les courants artistiques, sociaux et sociétaux qui vont marquer ce siècle, mouvement dada , invention du terme surréalisme ,  premier disque de jazz, création de la Coupe de France de football, apparitions de la Vierge à Fatima, épopée de Lawrence d’Arabie, exploits aériens de « l’as des as » et du « Baron Rouge », aucun aspect de cette date charnière n’est édulcorée. Superbement illustré cet ouvrage novateur brosse les portraits de personnalités en devenir qui vont prendre une place prépondérante dans les années qui suivent : Hitler, Staline, de Gaulle, Churchill, Mussolini, Roosevelt, Proust, Picasso, Freud, Einstein… Une somme sur cette date qui a marqué la fin des Empires inaugurant une nouvelle ère de progrès technique certes mais à quel prix.

 

PEOPLE BAZAAR
Souvenirs d'un infiltré dans le beau monde 1950-2000

de Jean-Pierre de Lucovich aux Editions Séguier.

De la grande époque de Paris Match en passant par Photo ou Vogue Hommes, l'auteur a roulé sa bosse pendant 50 ans dans la vie mondaine tant de la capitale que des hauts lieux de la fête. Il dresse une galerie de portraits de célébrités françaises et internationales et fait revivre quelques mémorables soirées chez Castel, au Plaza Athénée, au Ritz, dans les caves de Saint Germain, dans tous les lieux mythiques de la nuit parisienne. On croise Orson Welles, Gainsbourg, Sagan, Vadim, Saint-Laurent, Mastroianni, Bardot, Belmondo, Woody Allen, Andy Warhol et beaucoup d'autres avec les frasques des uns, les bons mots de certains, les « gentils » et les antipathiques c'est tout un âge d'or qui revit dans ces souvenirs de celui qui fut selon le surnom que lui a donné Beigbeder, la «mémoire vivante de Saint-Germain des Prés ».

 

L'INCONNU DU GLASGOW-LONDRES
de Jane Eland aux Editions Cherche Midi

Jeanne, adolescente calaisienne, chrysalide soyeuse puis superbe mannequin, amoureuse éperdue de Mike Eland. Mais qui était Mike Eland ? Homme d’affaires international mais dans quelles affaires ? Associé au casse du siècle dernier, le Glascow-Londres, sur lequel plane l’ombre d’un doute ? Alors, grand seigneur ou gentleman cambrioleur ? Rien n’est trop beau pour la jeune Jeanne devenue Jane. Bijoux somptueux, vêtements haute couture, palaces, voyages en Concorde, resorts de rêve. Mais Mike l’a quittée emportant avec lui ses secrets. La source d’argent s’est tarie, laissant Jane bien démunie. L’auteure nous entraine dans les arcanes de l’intime, nous imprègne peu à peu de cette évidence que nous refusons, de l’Autre que nous ne connaitrons jamais vraiment. Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?

 

 

 

UNE MORT QUI EN VAUT LA PEINE
de Donald Ray Pollock  chez  Albin Michel

Après l’uppercut de son premier roman Le Diable tout le tempsunanimement salué par la presse et le public, publié en France en 2012 aussitôt distingué par le Grand Prix de Littérature Policière et élu « Meilleur Livre de l’année 2012 » par le magazine Lire, Daniel Ray Pollock, originaire de l’Ohio, ouvrier pendant 32 ans dans une usine de pâte à papier avant de prendre sur le tard le chemin de l’université et de se consacrer à l’écriture, récidive avec The Heavenly Table (titre original). Pas de paradis sur terre dans l’Amérique de Pollock, cette fois l’action se passe entre Géorgie et Alabama en 1917. Trois frères vivant sous la férule de leur père obsédé par la religion décident à sa mort de gagner leur vie en braquant des banques et tout va très mal se passer. Une fresque Tarantinienne a l'humour noir XXXL ou l'auteur enfourche a nouveau les themes qui sont desormais sa griffe : la violence, la rédemption. Donald Ray Pollock a sa place parmi les plus grands avec cette MORT QUI EN VAUT BIEN LA PEINE.

 

THE GIRLS
d’Emma Cline aux Editions Quai Voltaire/La Table Ronde

Pas moins de deux ouvrages en cette rentrée consacrés à la « famille » Manson, le plus réussi étant celui de l’américaine Emma Cline qui dans The Girls, son premier roman, s’est magnifiquement incarnée dans la tête d’une des coupables de cette tuerie qui défraya la chronique au cours de l’été 69 avec pour protagonistes l’un des couples stars d’Hollywood, Sharon Tate sauvagement assassinée alors qu’elle était enceinte et Roman Polanski absent ce jour là de leur villa de Bel Air. Saisissant de perspicacité psychologique, The Girls est un remarquable portrait de filles mal dans leur peau pour qui la violence va devenir une raison d’être. Romancé –le leader charismatique de la secte ne s’appelle pas Charles Manson mais Russell- le livre suit le parcours de ces hippies désoeuvrés à une époque où la liberté des mœurs allait éclater, où le flower power allait marquer toute une génération. Loin des clichés « faites l’amour pas la guerre » ce fait divers glaçant est raconté de façon dense et rythmé et fait entrer sa jeune auteure parmi les grands espoirs de la littérature américaine.

 

 

VENISE
Histoire, Promenades, Anthologie & Dictionnaire
de Delphine Gachet et Alessandro Scarsella
aux Editions Robert Laffont Collection « Bouquins »

Une somme sur la Sérénissime. Conçu par une équipe d’universitaires français et italiens cet ouvrage est l’un des plus riches et des plus ambitieux consacré à « Venise, le plus bel endroit du monde » selon Cocteau. La 1 ère partie relate l’Histoire de Venise depuis ses origines, de l’élection du 1 er doge à la chute de la République, de 697 à 1797, plus d’un millénaire de puissance et de gloire sans oublier la légende mortifère de Venise que Lord Byron codifia.
Les Promenades rassemblent des textes consacrés à la lagune, aux quartiers, aux traditions et se rapproche d’un guide culturel.
Les textes de l’Anthologie n’ont retenu que des oeuvres contemporaines, écrites en prose par des auteurs nés après 1870 et cela nous permet de relire les plus belles pages de Proust, Thomas Mann, Paul Morand…
Enfin le Dictionnaire met en exergue notice après notice, sur un échiquier alphabétique, les nomenclatures, définitions, personnalités, objets, œuvres et grands hommes de Venise, le « plus haut lieu de la religion de la Beauté » comme la définissait Proust.

 

LE DERNIER PARADIS
d’Antonio Garrido chez Grasset

Des Etats-Unis de la Grande Dépression aux steppes enneigées de l’URSS, Antonio Garrido nous plonge une nouvelle fois dans une saga fascinante où amour et suspense se mêlent. Dès son 1 er roman La Scribe , best seller en Espagne et à l’étranger, il démontre une habileté rare à nous entraîner dans une histoire romanesque au cœur même de l’Histoire avec un Grand H. Le Lecteur de Cadavres avait d’ailleurs obtenu le Prix International du roman historique et fut traduit dans une douzaine de langues. Avec Le Dernier Paradis Garrido nous révèle un pan méconnu de l’histoire de ces deux pays frères ennemis, l’émigration de travailleurs américains plongés dans la misère lors de la crise des Années 30 et qui s’embarquèrent pour une terre qui leur faisait miroiter le « paradis des travailleurs » », en vérité une machine à broyer les individus et qui fut le pays le plus totalitaire du XX e siècle.
Avec son dernier ouvrage Antonio Garrido s’impose comme un des plus grands auteurs contemporains de la littérature espagnole.

 

VADIM, un playboy français
D’Arnaud Le Guern aux Editions Séguier

Précurseur de la Nouvelle Vague Roger Vadim a décoincé le cinéma français avant Les 400 coups ou A bout de souffle . Arnaud le Guern dans un style très enlevé, léger, pareil à des flashes qui crépitent, réanime toute une époque insouciante en plein Âge d’Or des 30 Glorieuses. Bardot évinçait Martine Carol, les artisans besogneux du 7 eArt allaient devoir laisser leur place à des insoumis qui voulaient révolutionner le cinéma. Vadim, le plus grand séducteur de la 2 e partie du XXe siècle ? Assurément : Bardot, Stroyberg, Deneuve, Fonda et d’autres conquêtes moins médiatisées, Sylvia Kristel, Maria Schneider… Porte parole d’une bande légendaire, Vian, Gréco, Gélin, Gégauff, Marquand , Sagan tous l’ont suivi dans ses pérégrinations entre Saint-Germain-des-Prés, Saint-Tropez, Megève. Une vie remplie d’excès accouchant d’œuvres inégales toutes répertoriées dans ce livre qui ne ressemble en rien à une biographie mais qui se veut une tranche de vie. Tout petit bémol : lors de la réédition merci de respecter l’orthographe de Gérard Philipe (avec un seul p ).

 

LA PETITE FEMELLE
De Philippe Jaenada aux Editions Julliard

Après une dizaine de romans dont Sulak qui a récolté de nombreux prix, Philippe Jaenada est littéralement entré en immersion pour pénétrer l’univers de Pauline Dubuisson, célèbre dans les années 50 pour avoir assassiné son amant, fait divers qui inspira à Henri-Georges Clouzot l’un de ses plus beaux films avec Brigitte Bardot qui trouva là son rôle phare, la Vérité .
Construit comme une enquête policière, La Petite Femelle défie les règles romanesques et se présente comme un roman foisonnant, passionnant totalement hors normes avec de nombreuses digressions déjantées. Qui fut réellement cette jeune femme –le saura-t-on un jour ?- dont la France entière réclame la tête sinon un parangon de la femme libérée, certes coupable, mais dont la vérité la plus intime ne se résume pas aux apparences. Monstre de duplicité qui a couché avec les allemands, fut tondue à la Libération, usa de ses charmes pour voler les vieux messieurs et qui, ivre de jalousie, tua de sang froid un garçon de de bonne famille. Une femme libre dans son corps et dans sa tête prise dans le maelström de l’Histoire que personne n’a jamais voulu écouter et qui ne souhaitait qu’une chose : « il faut me laisser faire ce que j’ai envie ».


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