Happy Few Mag


 

LA VILLE DES VIVANTS
de Nicola Lagiola
aux Editions Flammarion

Lauréat du plus prestigieux prix littéraire en Italie, le Prix Strega pour son roman La Féroce et le Prix Viareggio pour Case Départ, Nicola Lagioia a été profondément marqué par le meurtre atroce et inexpliqué en 2016 d'un jeune homme de 23 ans, Luca Varani, dans un appartement romain par deux jeunes gens de bonne famille. Tout le pays, habitants comme journaux ou réseaux sociaux s'étaient emparé de l'affaire. Avec force détails l'auteur retrace l'itinéraire macabre se jetant à corps perdu dans une enquête minutieuse et clinique ayant conduit à cet assassinat au point d'en être lui même perturbé au point de remonter à la surface de sa vie. L'originalité du livre, outre la précision au scalpel des protagonistes avec leur marasme d'idées et de fantasmes, c'est la description de Rome à la fois impitoyable et immorale mais aussi splendide et romantique. Il sonde la part de nuit mais aussi d'humanité de chacun des personnages dans une ville morte qui serait habitée par des vivants. Chacun croit détenir sa vérité, drogue, prostitution, homophobie, conflit de classe et de génération. Ce n'est plus le Tibre qui partage la ville mais le Styx. Comme l'avait si bien souligné Giulio Andreotti « N'attribuons pas les problèmes de Rome à sa surpopulation. Quand il n'y avait due deux Romains, l'un a tué l'autre » De quoi sont faits les monstres ? Ne sommes-nous pas tous des Romains ?

 

LE MAÎTRE ET L'ASSASSIN
de Sophie Bonnet
aux Editions Robert Laffont

Sophie Bonnet est une journaliste d'investigation. Après ses « Salutations révolutionnaires » paru en 2018, récit de quatre années de parloir avec le terroriste Carlos, on comprend sa fascination pour ces deux personnages sombres des années sida, un serial killer gigolo, camé, beau comme un dieu et un avocat star multimillionnaire, gay et drogué. « Le Maître et l'Assassin » est un récit hors normes qui met en scène en plus de 500 pages deux personnalités fascinantes qui se ressemblent par bien des aspects troublants. Sophie Bonnet a enquêté durant 5 ans et rencontré plus de 150 témoins, elle s'est entretenue avec Alexandre Despallières qui s'est livré avec elle à un jeu du chat et de la souris. Ce polar avec son cortège de crimes dans les allées du pouvoir est pourtant bien réel et suit les itinéraires de deux cabossés de la vie pendant trois décennies. C'est en mars 2013 que l'on retrouve mort au large de son île privée en Bretagne l'insaisissable ténor du barreau Olivier Metzner. Le 26 janvier 2022 c'est sur un lit d'hôpital que s'éteint ce personnage de roman noir sans foi ni loi à la beauté magnétique Alexandre Despallières. Un livre sans concessions qui fait revivre toute une époque à travers deux personnages sulfureux. Si un auteur avait osé inventer ces deux destins on l'aurait accusé d'exagération et pourtant la réalité a dépassé la fiction. Un page turner efficace, sordide, profondément ancré dans les racines sombres de l'humain.

 

FOUTRIQUET
de Michel Onfray
aux Editions Albin Michel

Le nouvel ouvrage de Michel Onfray arrive à point nommé ! Il devrait être mis à la disposition de tous les abstentionnistes qui risquent de favoriser la réélection de « Foutriquet » (surnom donné par les communards à Adolphe Thiers). Avec son style incisif, son intelligence et sa culture qui sont une rareté dans le cosmos littéraire et philosophique de notre France abîmée, Michel Onfray nous offre (le mot est idoine car la lecture de ce livre est un cadeau pour l'esprit) un brûlot dont l'intéressé devrait avoir du mal à se remettre. Dans la plus pure tradition du libelle politique l'auteur dresse un bilan catastrophique du quinquennat de l'en « même temps » qui dans les livres d'histoire se résumera en quelques lignes peu amènes, une parenthèse où durant cinq ans un Jupiter de pacotille aura assisté, impuissant, à la marche d'événements dont la France aura du mal à se relever. Les Gilets Jaunes minimisés, Notre-Dame de Paris cramée, les retraites occultées, une pandémie qui a coûté un « argent de dingue » et où quelques docteurs Diaforus ont conseillé le Prince et joué le rôle de geôliers. Le but ultime de cet homme n'était-il pas « d'emmerder les français » ? Au niveau des plaies qui se sont abattues sur le pays, la récente invasion de l'Ukraine est absente, la sortie du livre étant concomitante à ce drame. Cela fait beaucoup de malheurs pour notre France pendant un laps de temps court au regard de l'histoire, y aurait-il une malédiction Macron ? 360 pages au vitriol dont on aimerait citer des passages entiers « On dira que la fraternité n'est pas le souci prioritaire de ce président de la république. Il est vrai que cette vertu suppose sympathie, empathie, estime d'autrui, affection, et que toutes ces qualités ne passent pas chez cet homme glacial quand on n'a pas un genou à terre devant lui ». (page 164) Et encore je n'ai pas choisi l'extrait le plus radical, alors un conseil : lisez sans tarder « Foutriquet ». Un régal total.

 

NOTRE PART DE NUIT
de Mariana Enriquez
aux Éditions du sous-sol 

Après avoir publié deux recueils de nouvelles dont la très remarquée « Ce que nous avons perdu dans le feu » et reçu de prestigieux prix pour ce premier roman « Nuestra parte de noche » qui a connu un succès considérable en Espagne et en Amérique Latine, en cours de traduction dans une vingtaine de langues, Mariana Enriquez est l'une des auteurs-phares de la saison littéraire avec ce pavé de plus de 700 pages. Sur le thème du voyage initiatico-fantastique, un père et son fils Gaspar traversent l'Argentine comme s'ils cherchaient à échapper à des événements étranges. Gaspar a hérité d'un don terrible : il est destiné à devenir medium pour le compte d'une société secrète en contact avec les Ténèbres pour percer les mystères de la vie éternelle. Lieux, époques, récits alternant les points de vue, ce périple entraîne le lecteur de la dictature militaire Argentine au Londres psychédélique des années 70, du Sida à David Bowie. Un livre intense et puissant qui ne se raconte pas. On est happé par cette épopée repoussant les limites d'un récit conventionnel pour nous faire pénétrer dans des arcanes où se conjuguent Histoire et poésie fantastique. Entre Stephen King et Cormac McCarthy, Mariana Enriquez a désormais sa place.

 

UN FAUVE DANS ROME
de Nathalie Cohen
aux Éditions Flammarion 

Après « Modus Operandi », le 1er volet de sa série sur les thrillers antiques, Nathalie Cohen spécialiste en judaïsme hellénistique et en patristique grecque, met en scène dans la nouvelle enquête de Marcus Alexander « Un fauve dans Rome » la ville de Romulus et Remus à l'époque de Néron en l'an 64 durant le grand incendie qui l'a ravagée. Ce péplum littéraire a des accents terriblement actuels comme un miroir de notre société avec ses excès de pouvoir et ses dérives criminelles. Quel est donc ce fauve prédateur sexuel qui menace Rome et que le détective Marcus Alexander, un « Vigiles Romae » et bègue de surcroît veut absolument retrouver ? Pendant que l'incendie étend son emprise, le tribun de la Première Caserne enquête sur la disparition de ces enfants blonds impubères et libres qui serviraient d'esclaves sexuels et qui vont le conduire très près de Néron et le jeter dans la gueule de son frère ennemi Lucius. Erudit et passionnant ce récit qui se déroule dans la Rome antique possède des résonances politiques et morales car comme l'écrit l'auteur dans la postface ; un roman historique apporte un double éclairage à savoir l'époque où se déroule son action mais aussi la période où il est écrit à savoir notre XXIe siècle où de plus en plus de victimes d'abus sexuels s'autorisent à parler. Une adaptation au cinéma serait idoine.

 

ROMY et Les Lumières de Paris
de Michelle Marly
aux Éditions Fleuve

Il y a 40 ans disparaissait l'une des plus grandes vedettes d'après-guerre, Romy Schneider. Devenue une star dans le monde entier grâce au rôle de Sissi dont elle eut tant de mal à se défaire, cette biographie romancée d'une époque phare de la comédienne couvrant la période 1958-1962 se lit comme un roman. Michelle Marly après « Mademoiselle Coco et l'eau de l'amour » paru l'année dernière et consacré à Coco Chanel nous conte la rencontre mythique entre Romy Schneider, déjà star consacrée et Alain Delon qui démarrait l'une des plus brillantes carrières du 7e Art. Lasse de cette image de jeune fille sage sous l'emprise de parents réglant ses vies privée et professionnelle, elle rêve de donner une autre dimension à sa carrière d'actrice. Arrive alors dans sa vie le jeune et beau ténébreux, le rebelle de service, Alain Delon avec qui elle doit tourner le film « Christine » de Pierre Gaspard Huit. Contre l'avis de sa famille et du public qui la réclame uniquement dans le rôle sirupeux d'Elizabeth d'Autriche ou d'autres bluettes insipides, elle décide de suivre l'acteur à Paris et de vivre pleinement sa vie de femme passionnée. Mais leurs carrières ne vont pas aller dans le même sens ni connaître le même succès mettant en péril leur amour. Même en connaissant la fin irrémédiable d'un amour et d'une vie ROMY se lit comme un page-turner et l'on ne peut que regretter qu'elle n'ait pas eu le temps de nous offrir sa grâce et son génie d'actrice plus longtemps à l'instar de ses rôles mythiques, César et Rosalie, Le Vieux Fusil, L'Important c'est d'aimer, la Piscine, et tant d'autres que nous n'oublierons jamais.

 

VENISE VIe-XXIe siècle
d'Elisabeth Crouzet-Pavan
aux Editions Belin 

Spécialiste incontestée de l'Italie des derniers siècles du Moyen Âge et de la première Renaissance, l'auteure, professeur d'histoire à Sorbonne Université vient de signer le livre référence sur le plus « haut lieu de la religion de la beauté » comme Proust aimait à définir la Sérénissime : « Venise VIe-XXIe siècle ». Elle dresse en plusieurs chapitres savamment documentés les vies successives de Venise, depuis ses origines quand Venise était « Venises », des petites communautés d'habitants au fond du golfe adriatique, jusqu'à nos jours avec son tourisme de masse qui l'a vidé de ses habitants en passant par sa chute en 1797. Elle fut la ville-monde, une puissance marchande dominant le commerce méditerranéen, une république faste puis un triste exemple d''État aristocratique autoritaire. Cet ouvrage se distingue aussi par une iconographie exceptionnelle reproduisant quelques-unes des plus belles œuvres d'art consacrées par des peintres, des sculpteurs , des photographes, des affichistes à cette ville-musée à nulle autre pareille qui a fait fantasmer écrivains, philosophes, cinéastes... Cité du Carnaval le plus célèbre du monde, patrie de l'aventurier Giacomo Casanova, regorgeant d'églises, de musées, de palais, de places elle est sans conteste le phare du monde pour les esthètes, un de ces lieux où l'on peut attendre la fin du monde à l'image de Gustav von Aschenbach, le héros de « Mort à Venise » de Thomas Mann dont Luchino Visconti a tiré un chef d'œuvre cinématographique. 
Une somme littéraire où quinze siècles d'histoire nous contemplent.

 

TU LE SAIS BIEN, LE TEMPS PASSE
de Catherine Nay
aux Editions Bouquins

Dans la collection mémoires voici la suite des souvenirs de l'une des plus brillantes journalistes-écrivaines de sa génération : Catherine Nay. Après l'immense succès de « Souvenirs, souvenirs... », 1er opus de ses Mémoires, Catherine Nay s 'attache cette fois aux années 1995-2017, de l'élection de Jacques Chirac à celle d'Emmanuel Macron. Elle alterne brillamment des épisodes intimes relatant les récentes épreuves qu'elle a endurées dans sa vie privée avec son regard sans concession sur le monde politique de ces trois dernières décennies. Fourmillant d'anecdotes, elle dévoile les secrets de la conquête de l'Elysée par Jacques Chirac, ses rencontres avec Bernadette la mal-aimée, les portraits plus ou moins acerbes s'enchaînent, Alain Juppé, Philippe Séguin, Lionel Jospin. Elle décrypte l'accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007, ses failles intimes et son échec à la présidentielle cinq ans plus tard, elle étrille François Hollande dans des pages sans concession, drôles et assassines sur ce président normal. En politologue avertie elle commente avec brio ce dernier quart de siècle de la Ve République. Proche de par sa profession avec tous ceux qui ont compté dans le cercle du pouvoir, Catherine Nay affirme sa nostalgie d'un journalisme qui ne reviendra plus. « Tu le sais bien, le temps passe » est une saga politique qui résume l'histoire d'une France où la grandeur est désormais absente ayant laissé la place à des présidents avec peu d'envergure qui ne font plus rêver personne. De simples humains trop humains qu'elle croque avec maestria en espérant qu'elle s'attaquera dans le tome 3 à celui qui s'est engouffré dans la brèche en bon opportuniste, digne successeur de l'immobilisme, marque de fabrique de tous ceux qui ont succédé à la grandeur gaullienne.

 

LES PROMISES
de Jean-Christophe Grangé
aux Editions Albin Michel

Grangé confirme dans son dernier opus qu'il est bien ce maître du thriller français, nous surprenant à chaque fois avec des thèmes ne sacrifiant pas aux romans policiers actuels, « Le vol des Cigognes », « Les Rivières Pourpres », « Le Concile de Pierre », « Miserere » et tant d'autres qui nous ont glacé le sang. Avec « Les Promises » il nous plonge dans un enfer historique en pleine allemagne nazie. Les promises ce sont ces grandes et belles dames du Reich, riches, mondaines, épouses de dignitaires du 3ème Reich qui se retrouvent chaque après-midi à l'hôtel Adlon de Berlin pour refaire le monde. Elles vont succomber à un tueur mystérieux, « l'homme de marbre » qui les soumet à d'horribles mutilations.Pour enquêter trois êtres que tout oppose , un psychanalyste gigolo et escroc, un surhomme de la Gestapo brutal et impitoyable et une riche héritière, psychiatre et alcoolique. A l'issue de ces 650 pages qui tiennent en haleine et qui font des Promises un page turner souvent insoutenable qui confirme que le Mal n'est pas toujours là où on l'attend. Ce livre coup de poing m'a fait penser au superbe film de Anatole Litvak « La Nuit des Généraux ». Décidément le thème du national socialisme est un sujet en or pour des œuvres fascinantes sur une période qui n'a de cesse de nous questionner. Un grand Grangé qui laisse le lecteur pantois entre la Postdamer Platz, l'avenue Unter den Linden et le Tiergarten, un livre d'une force et d'une violence souvent extrêmes absolument terrifiant.

 

À CAUSE DE L'ETERNITÉ
de Georges-Olivier Châteaureynaud
aux Editions Grasset

Georges-Olivier Châteaureynaud est un aérolithe dans le monde littéraire. Après « L'Autre Rive », Grand Prix de l'Imaginaire 2007, il nous régale 14 ans plus tard du 2ème volet de son diptyque. Une fresque d'une ambition démesurée de 700 pages dans lequel les merveilles de l'imaginaire se fondent dans une réalité sublimée. L'action se déroule de nos jours dans l'arrière-pays d'une bourgade bâtie au bord du Styx, en Normandie, où règne l'esclavage, à quelques encablures des Enfers avec des précipitations étranges, pluies d'insectes et d'animaux où s'échouent des créatures venues de l'autre rive, sirène, centaure, minotaure... Sacré chrétien et fantastique païen s'entremêlent avec une esthétique hippie tout au long de ce récit dense, gothique, baroque, en un mot qui n'a pas d'équivalent dans la littérature actuelle. On tourne chaque page en se demandant dans quel dédale l'auteur va encore bien pouvoir nous entraîner, à quelle sauce nous allons être dévorés. D'une ambition littéraire démesurée « A cause de l'éternité » fait partie de ces œuvres-phares qui vont au bout des limites avec une maîtrise de la langue absolue et qui marquent une époque.Tim Burton pourrait d'urgence l'adapter. Prix Renaudot, Goncourt de la nouvelle, il faudrait inventer un nouveau prix et le décerner d'office à Georges-Olivier Châteaureynaud, le Prix du Rêve Surréaliste comme on aurait pu le donner à Breton, Cendrars, Cocteau.

 

DIVINE JACQUELINE
de Dominique Bona
aux Editions Gallimard

Au départ la surprise domine à la lecture de cet ouvrage. Dominique Bona, de l'Académie française, biographe de Colette, Romain Gary, Stefan Zweig, qui nous habitués à des portraits de femmes célèbres, Gala Dali, Camille Claudel, Clara Malraux... s'attaque dans un pavé de plus de 500 pages à une socialite, entendez par ce terme trompeur une personnalité mondaine, chic et snob. Née Bonnin de La Bonninière de Beaumont dont le nom remonte aux croisades, petite fille du fondateur de la banque Rivaud, Olivier de Rivaud de La Raffinière, épouse du vicomte Edouard de Ribes dont l'un des ancêtres a financé la fuite du Roi à Varennes. Jacqueline qui vit le jour un 14 juillet a toujours été sur le devant de la scène, habillée par Dior, coiffée par Alexandre, photographiée par Avedon... elle créée en 1983 sa maison de couture sous les auspices bienfaiteurs de Yves Saint Laurent et se donne à fond dans les affaires entre bals de charité, dîners de galas, voyages à New-York, Venise, Ibiza...l'une des reines incontestées des fameux « cygnes » chers à Truman Capote, elle est à 91 ans la dernière des héroïnes proustiennes. Toute sa vie elle aura travaillé à sa propre mise en scène , n'est-elle pas « celle par qui tout finit » Un document sur une époque que l'on ne revivra plus jamais, un monde englouti où l'élégance était un art de vivre.

 

AUTOMORIBUNDIA 1888-1948
de Ramón Gómez de la Serna
aux Editions Quai Voltaire

Un monument du genre que ces « Mémoires moribonds » du grand écrivain espagnol oublié. Parus en 1948 à Buenos Aires ces Mémoires sont considérés comme son chef d'oeuvre. Mille pages fourmillantes de vie, de misère, d'orgueil toute l'humaine et triste condition est dans ces carnets autobiographiques de Ramon Gomez de la Serna que Valéry Larbaud considérait à juste titre comme un égal de Proust ou de Joyce. Surdoué inventeur du sous-genre littéraire, la « gregueria », sorte d'aphorisme drôlatique, on songe parfois à Alfred Jarry, le livre paraît lorsqu'il a soixante ans, exilé en Argentine, oublié de tous après la guerre civile espagnole, il sent la maladie et la mort se rapprocher d'où le terme « autobiographie moribonde ». Au-delà de son histoire personnelle AUTOMORIBUNDIA est aussi la somme des expériences stylistiques, poétiques, spirituelles et obsessionnelles de la vie d'un homme. D'une incroyable virtuosité ce livre-somme littéraire dont c'est la première traduction française est d'une telle richesse que l'on est parfois tourneboulé par ce déluge de mots, par cette puissance créatrice dont chaque page recèle une pépite. Ce livre de la dernière chance vous fera du bien en ces temps moribonds et triviaux. Ecoutons ce porte-parole du baroquisme hispanique moderne à l'humour souvent décapant « Je ne me suis caché ni pour raconter ni pour vivre, mais ce livre éclaire tout ce qui aurait été dissimulé ».

 

VIES PARALLÈLES : De Gaulle Mitterrand
de Michel Onfray
aux Editions Robert Laffont

Michel Onfray : un phénomène philosophique, littéraire, médiatique, une somme de culture et d'intelligence à la prolificité rare avec quatre à six livres par an en moyenne. Avec son nouvel opus, le 112ème, ce polémiste nous régale avec ces « Vies Parallèles », clin d'oeil à Plutarque, et se révèle bien que venu de la gauche libertaire et post-anarchiste, un gaulliste à tout crin tant il démontre que l'homme du 18 juin était à lui seul l'incarnation d'une France qu'il a toujours servie tandis que l'autre s'en est servi pour sa gloriole. Après ce réquisitoire fouillé et inattaquable, gageons que le mégalomane président qui a conspué la Vème République pour mieux la mettre à son service ne s'en remettra certainement jamais. Même si Onfray ne dissimule en rien certains aspects du Général qui pouvaient ne point être consensuels, sa charge contre Mitterrand, tellement juste et documentée restera dans les annales du genre. Un court extrait de ces Vies Parallèles suffit quant à l'urgence de lire et archiver cette diatribe jubilatoire : « l'homme de l'union de la gauche qui avait jadis conquis le pouvoir au nom du socialisme était devenu après deux mandats un florentin emblématique dont on découvrait les maîtresses, la double vie payée par l'état, la fille cachée, le passé vichyste estampillé par l'attribution d'une francisque, la constante fidélité aux amitiés pétainistes, un chef de l'état actif pour entraver le procès de Papon, Bousquet ou Barbie... ». Quand on pense que ce dirigeant voulait un mémorial à Bibracte, haut lieu de l'histoire de France dans sa période gauloise, on respire de le savoir pour l'éternité à Jarnac dans un cimetière appelé des « Grands Maisons ». La folie des grandeurs jusqu'au bout.

 

LA GRÂCE
de Thibault de Montaigu
aux Editions Plon

L'une des pépites de la rentrée littéraire signée Thibault de Montaigu qui n'en est pas à sa première réussite, nous avions adoré dans un autre registre, « Voyage autour de mon sexe », vibrant éloge de la masturbation. Cette fois il nous parle de Dieu, mieux, d'un contact charnel avec Dieu. Il raconte dans «La Grâce » sa dépression qui l'a conduit à sa conversion comme cela fut le cas pour son oncle Christian, frère franciscain emporté par la maladie, touché par la grâce à 37 ans, au même âge que l'auteur, après une vie de fêtes et d'excès. A l'inverse donc de ce qu'exige la foi, mais n'y a-t-il pas un précédent célèbre avec Pascal et son grand pari  ? Commence alors une enquête sur le destin extraordinaire de ce parent où la pauvreté remplace le luxe et où la futilité des soirées mondaines cède la place aux vertus théologale chères à Péguy : la foi, l'espérance et la charité. « La Grâce » relate quelques moments forts de la vie de Saint-François d'Assise qui décide de tout abandonner à 26 ans pour vivre selon les préceptes du Christ mais se réfère également à des auteurs majeurs obnubilés par la religion, Julien Green, Nietzsche, Dostoïevski. En « passant du Bottin Mondain » au Nouveau Testament » Thibault de Montaigu assume cette conversion qu'il ne pourra d'ailleurs peut être pas vivre dans la durée car « il n' y a rien de plus commun que le malheur des hommes lorsqu'ils comprennent qu'ils ne seront jamais rien d'autre qu'eux mêmes ». Brillant.

 

CRÉNOM, BAUDELAIRE !
de Jean Teulé 
Mialet-Barrault Editeurs

Le nouvel opus à scandale de Jean Teulé. Après s'être glissé dans l'intimité et le génie des poètes Rimbaud, Verlaine, Villon, après avoir érotisé à l'extrême la passion d'Abélard pour Héloïse, raconté dans Charly 9 la fin de race des Valois, ridiculisé Monsieur de Montespan, cocu magnifique s'il en est, il se glisse cette fois dans la folie, la perversion et le génie de Baudelaire. Si les Fleurs du Mal ont à jamais changé le destin de la poésie française, l'artiste qui les a mises en musique pour l'éternité était un homme plutôt détestable. Charles Baudelaire ne respectait rien ni personne, dandy bouffi par la drogue, rongé par des maladies vénériennes,Crénom Baudelaire ! fait se succéder en 400 pages l'ignoble et le sublime. Ce dandy halluciné fou de beauté et d'idéal a vécu comme un paria. Dans ce style inimitable qui a fait de Jean Teulé l'un des auteurs les plus doués de la littérature du début du XXIe siècle il restitue ici la lente descente aux enfers d'un prince des nuées dans les bouges et la saleté d'un Paris pré-haussmannien. Sa relation avec Jeanne Duval, sculpturale négresse des bas-fonds, égérie pourrie jusqu'à la moelle nous vaut des pages superbement sordides. Parsemées de quelques-uns des plus beaux poèmes de Baudelaire enfantés dans la douleur et la noirceur, ces pages nous ravissent et nous dérangent telle la part inavouée de nos propres obsessions.

 

LES BONS GARÇONS
de Pierre Adrian
aux Editions des Equateurs

Pas encore 30 ans et un style bien à lui, puissant, reconnaissable par la justesse des mots se traduisant par un récit au caractère implacable. Pierre Adrian accumule les prix depuis sa 1ère œuvre  La Piste Pasolini  (Prix des Deux Magots, Prix François Mauriac de l'Académie française) puis avec Des âmes simples(Prix Roger Nimier, Prix Spiritualité d'Aujourd'hui), Il revient dans cette Italie qui l'inspire, se déroulant d'ailleurs à peu près à la même époque et dans la même zone géographique que celle de  l'assassinat du cinéaste de génie Pasolini sur la plage d'Ostie en 1975. La trame du drame de ce nouvel opus tiré d'un fait réel se déroule entre  Rome et  la station balnéaire de San Felice Circeo (qui tire son nom de l'épisode d'Ulysse et de ses compagnons débarquant non loin du palais de Circé la magicienne qui ensorcela les marins transformant les hommes en porcs au cours d'un banquet de fête).  C'est toute l'Italie des Années 70 qui revit dans les pages de ce roman noir, sans concession sur une société à deux vitesses, les victimes issues de la classe ouvrière et les bourreaux, pas tout à fait sortis de l'adolescence, vivant dans les beaux quartiers et dont les parents possédant  de somptueuses propriétés n'ont guère le temps de s'occuper de leurs progénitures, ces derniers, époque oblige Mai 68 étant passé par là,  se jettent à corps perdu dans les paradis artificiels, la sexualité et la violence. La fin de l'enfance, les dernières insouciances, la sensualité et la séduction, et si les lieux avaient une âme ? Une œuvre forte, dérangeante, qui se dévore d'un trait.  

  

MÉMOIRES DE GUERRE - MÉMOIRES D'ESPOIR
de Charles de Gaulle
aux Editions Plon

Triple anniversaire pour le dernier des géants de l'Histoire, en effet l'année 2020 marque les 130 ans de sa naissance, les 80 ans de l'Appel du 18 juin et les 50 ans de sa mort. A cette occasion PLON réunit dans un même volume une somme politique et littéraire de plus de 1500 pages, les Mémoires de Guerre du Général de Gaulle, compte rendu des événements entre 1940 et 1946, les Mémoires d'Espoi r écrites dès son retour aux affaires politiques en 1958 jusqu'à sa mort en 1970, ces deux oeuvres complétées par les conférences de presse, allocutions, discours et messages sélectionnées par son fils l'amiral Philippe de Gaulle. D'une lecture aisée, dans une présentation élégante, cette œuvre est essentielle pour la compréhension des conceptions de cet homme providentiel tant sur la guerre que sur les institutions, sur l'amour de la France qui n'était pas alors un vain mot. C'est toute une époque qui revit quand la noblesse de la politique avait un sens. A cette vaste entreprise s'ajoute le livre d'un authentique écrivain, grand admirateur de Chateaubriand et remarquable lettré. La phrase d'ouverture devrait être inscrite sur les frontons des Assemblées « Toute ma vie je me suis fait une certaine idée de la France ». A l'issue de cette lecture on est certes fier d'être français mais on mesure ce qu'en ont fait les succédanés qui lui ont succédé à ce poste. Un bréviaire de la Grandeur.

 

L'ITALIE BUISSONNIÈRE
de Dominique Fernandez de l'Académie française
aux Editions Grasset

Auteur d'une œuvre considérable dont de nombreux chefs d'œuvre (Porporino ou les Mystères de Naples, Dans la Main de l'Ange, Le Rapt de Ganymède...) , Dominique Fernandez a obtenu les plus hautes récompenses littéraires. Avec son nouvel ouvrage il nous entraîne sur le chemin des écoliers dans une Italie qu'il connaît si bien pour y avoir vécu, l'avoir tant de fois arpentée et s'en être imprégné au plus profond de lui-même. Loin des sentiers battus, des musées, palais et églises abritant tant de peintures et de sculptures connues dans le monde entier, il se livre avec cette « Italie Buissonnière » à une chasse aux trésors, de la Sicile au nord de l'Italie en passant par le sud nous faisant découvrir des œuvres isolées dans des villages reculés ou au sein même des villes-musées proposant un pèlerinage de la beauté d'une manière jamais tentée. Que ce soit dans une banque, une chambre privée, un cloître quasiment inaccessible, une sacristie, un palais anonyme, un cimetière, des carrières voire des friches industrielles il recense des pièces maîtresses dont nul ne soupçonne l'existence. Pétrie d'érudition, cette traque s'avère un manifeste du beau à la gloire de l'Italie et de son art unique conté par le plus grand écrivain-esthète de son époque qui avoue « Entre l'Italie et moi ce fut un coup de foudre qui s'est métamorphosé avec le temps en une longue histoire d'amour ».

 

ON N'EST JAMAIS MIEUX SOIGNÉ QUE PAR SOI-MÊME
du Dr Frédéric Saldmann aux Editions Plon

Internationalement reconnu comme le spécialiste de l'optimisation de notre capital santé, le Dr Frédéric Saldmann, après une dizaine d'ouvrages dont son dernier best-seller « Vital ! » nous propose de prendre directement notre santé en main, à chacun de faire sa révolution. Vivre mieux et plus longtemps est son unique credo et pour cela il suffit de devenir son propre médecin en écoutant son Moi grâce aux conseils avisés de cet expert qui vous transforme vous aussi en expert de votre corps. Connaître ce qui vous convient le mieux afin de le mettre en pratique 24 H sur 24. Aliments protecteurs et nuisibles, gestes sains, comportements à éviter, gérer son poids, son stress, son sommeil. De la tête aux pieds en passant par le sexe et en terminant par 10 commandements, il fait preuve avec savoir et humour de tout ce qui peut nous éviter des tracas en nous rendant maître de nous-mêmes.
What else que cette bible pour une vie aussi épanouie qu'agréable en ces temps perturbés ?

 

JOURNAL INTÉGRAL - Tome 1 (1919-1940)
de Julien Green aux Editions Robert Laffont

Dans la remarquable Collection Bouquins cette édition établie par Guillaume Fau, Alexandre de Vitry et Tristan de Lafond présente pour la première fois le Journal intégral de Julien Green tenu de 1919 à sa mort en 1998. Plus de 1300 pages pour ce 1er tome couvrant les années 1919 à 1940. La volonté de l'ayant droit de Julien Green et l'accessibilité des manuscrits déposés à la BNF ont rendu possible cette gageure littéraire.
60 % de texte supplémentaire livrant sans détour la vie intime, amoureuse et sexuelle du grand romancier catholique ainsi qu'une opinion souvent iconoclaste sur ses pairs , Gide, Cocteau, Mauriac, Montherlant, Malraux... C'est toute une époque qui revit perçue sous l'angle de la subjectivité et des relations personnelles de l'auteur. Ce dernier s'est toujours refusé à faire paraître de son vivant cette « confession qui rétablissait la vérité mais souhaitait ardemment que l'on « sache tout de lui » et que soit exhumé le moment venu sa vérité. Il tenait à juste titre les exigences de la chair pour indissociables de celles de l'esprit. Cela nous vaut des pages souvent crues à la limite pornographique mais c'est tout un pan de la vie d'un homosexuel de la 1ère partie du XXe siècle qui revit dans ces pages, érigeant un document humain , existentiel et sociologique passionnant. Une somme.

 

LES ESSAIS de MONTAIGNE
aux Editions Robert Laffont (Bouquins) - Mollat

Œuvre fondatrice des lettres françaises et par delà de la pensée occidentale moderne, les Essais de Montaigne viennent d'être rajeunis et rafraîchis par Bernard Combeaud avec le concours de Nina Mueggler avec une remarquable préface de Michel Onfray. Cette entreprise monumentale vise, à partir de l'édition de 1595, à offrir des Essais restaurés et revitalisés afin que chacun, même s'il n'est pas érudit ni savant, puisse se plonger dans cette somme écrite il y a plus de quatre siècles par celui que Stefan Zweig saluait comme « l'ancêtre, le protecteur et l'ami de chaque homme libre sur terre ». Montaigne, ce penseur philosophe est un modèle pour les générations futures, il demeure le plus contemporain des classiques, il est en littérature ce que Léonard de Vinci fut pour la peinture. Il faut lire et relire Montaigne afin de « savoir jouir loyalement de son être », cet humain trop humain devenu le plus irremplaçable des êtres.

 

UN CERTAIN PAUL DARRIGRAND
de Philippe Besson aux Editions Julliard

Dans la même veine autobiographique que son précédent ouvrage « Arrête avec tes mensonges », Philippe Besson avec une sensualité toujours exacerbée poursuit sa confession de l'intime. Le thème de la simultanéité du désir et de la souffrance omniprésent dans ce nouvel opus n'est pas sans rappeler l'un de ses livres majeurs adapté au cinéma par Patrice Chéreau, « Mon frère ». Rarement les amours de jeunesse auront été décrits avec une telle sensibilité, Philippe Besson devient ici un entomologiste de la difficulté d'être et d'assumer ce que l'on est. Un roman grave et mélancolique sur les amours impossibles où la mort rode prête à s'abattre, truffé d'hommages à ceux qui ont nourri son inspiration en particulier Hervé Guibert ou Tanizaki et son « Eloge de l'Ombre ». Un auteur désormais essentiel dans le ciel littéraire français.

 

 

 

LES VARIATIONS SENTIMENTALES
de André Aciman aux Editions Grasset

Après « Appelle-moi par ton nom » qui a connu un succès international, André Aciman né en Egypte, fin connaisseur de la littérature française, spécialiste de Proust, passionné d'Italie et installé à New-York nous livre une réflexion sublime sur le désir, ses subtilités, ses méandres dans ces « Variations Sentimentales », son second roman traduit en France. Un livre qui se dévore à l'image de la passion qui sous tend ce récit. Puissance des mots, force dans la description de la vie amoureuse d'un homme protéiforme qui nous entraîne dans le tourbillon d'une âme humaine, dans ses recoins les plus obscurs, une maladie d'amour puissamment décortiquée, analysée, une vie sentimentale mouvementée où les sens sans cesse en éveil du narrateur se heurtent à des personnages complexes.

 

 

 

CHIEN-LOUP
de de Serge Joncour aux Editions Flammarion

Auteur de 11 livres, Serge Joncour nous livre avec son Chien-Loup son meilleur roman. Une œuvre puissante qui raconte l'histoire, à un siècle de distance, d'un village du Lot. Ereintant le milieu du cinéma à travers ses deux héros, Lise l'ancienne comédienne et son mari Franck, producteur, qui s'installent un mois durant sans aucun moyen de communication avec pour seul compagnon un chien-loup surgissant de nulle part dans une gîte perdu au passé sanglant qui avait abrité un dompteur allemand et ses lions pendant le Première Guerre Mondiale. Si le monde évolue la sauvagerie demeure, sauvagerie des animaux mais aussi des hommes qui ne tardent pas à retrouver leurs instincts primaires. Car la violence enfouie resurgit inévitablement au cœur de nos existences « civilisées ». Un texte foisonnant et lyrique, angoissant , une belle écriture d'une puissance égale à ce récit ou s'entremêlent deux époques qui ne sont pas si éloignées l'une que l'autre sur des thèmes aussi éternels que sont la nature, l'animal et l'humain où la sauvagerie l'emporte sur la civilisation quelle que soit l'époque.

 

LES SOEURS LIVANOS
de Stéphanie Des Horts aux Editions Albin Michel

Journaliste, critique littéraire, auteur de biographies, Stéphanie des Horts nous livre avec son nouvel ouvrage un passionnant portrait des sœurs Livanos qui possédaient tout, beauté, intelligence, élégance, et fortune en épousant les richissimes Onassis et Niarchos. De New-York à Paris, de Saint-Moritz aux villas de rêve de les mer Egée le lecteur parcourt un itinéraire de la jet-set avec ses outrances, ses fastes où ne règne qu'un dieu : l'argent. L'argent roi que manipule ces deux redoutables hommes d'affaires, ennemis jurés s'affrontant à coups de pétrodollars, de palais, d'intrigues politiques, d'oeuvres d'art...Des personnages phares d'une époque accompagnent ce quatuor infernal, Jackie Kennedy, Maria Callas, Gianni Agnelli, Marilyn Monroe... Mais le drame est omniprésent au milieu de ces frivolités, ces Atrides modernes en feront les frais. Un récit passionnant sur un univers de démesure et de luxe.

 

 

DESTIN FRANCAIS
de Eric Zemmour aux Editions Albin Michel

Un auteur de premier plan vilipendé, attaqué de toutes parts comme seuls le sont ceux qui vont bouger les lignes, défiant une bienpensance qui est en train de faire crever notre pays. Et heureusement, contrairement à ces écrivaillons pseudo philosophes qui sont légion vantant le multiculturalisme et le transhumanisme Zemmour vend (500.000 exemplaires du Suicide Français) car Zemmour écrit ce que les français dans leur grande majorité pensent et ont envie de lire. Depuis 40 ans un travail de déconstruction a fait de ce pays un tas de ruines niant jusqu'à l'existence de la France. Avec le Destin Français il se livre à la reconquête de notre pays à travers son Histoire et les personnages qui ont façonné ses racines et l'ont bâti de toutes pièces. On préfère aujourd'hui raconter l'histoire des français, l'histoire du monde, tout sauf l'histoire de France. Depuis De Gaulle puis Pompidou on ne peut pas dire que les présidents qui se sont succédé aient essayé de lui redonner son lustre et sa grandeurs étant eux mêmes pas suffisamment Grands pour l'Histoire de ce pays.

 

DICTIONNAIRE AMOUREUX DU FESTIVAL DE CANNES
de Gilles Jacob aux Editions Plon

Une référence absolue pour les inconditionnels du plus célèbre Festival de Cinéma du Monde même si Venise, Toronto, Berlin lui taillent régulièrement des croupières et ce n'est pas le « petit » cru 2018 qui va aider à rétablir la suprématie de la grande époque, celle précisément où officia Gilles Jacob qui en quatre décennies a vécu en direct en tant que journaliste d'abord puis Directeur du Festival et enfin Président, l'Âge d'Or de cet événement planétaire. Un Dictionnaire très personnel qui permet de découvrir de l'intérieur Cannes, un vaste Barnum avec ses grandes années, ses moments magiques mais aussi ses polémiques, ses excentricités. On retrouve les plus importants metteurs en scène, les producteurs, les stars mais aussi les festivaliers, les palmarès controversés... tout un monde qui alimente la « machinerie Cannes ». Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le 7ème Art conté par un Amoureux, parfois transi, mais toujours passionné. Indispensable.

 

UNE VIE COMME LES AUTRES
de Hanya Yanagihara aux Editions Buchet Chastel

Le grand roman épique américain est de retour de façon magistrale avec A little life , titre original de ce pavé vendu à un million d'exemplaires dans plus de 20 pays. Hanya Yanagihara, lauréate du prestigieux Kirkus Prize for Fiction, conte dans cet ouvrage trois décennies de la vie de quatre amis de fac venus conquérir New-York. Elle plonge le lecteur dans les vies intérieures et les destins de ces personnages avec une intensité rare, un voyage au cœur des profondeurs de la cruauté humaine où le pouvoir de l'amitié joue un rôle réparateur. Posant des questions sur des sujets essentiels tels l'humanisme, l'euthanasie, la psychiatrie elle interroge le lecteur devenu voyeur sur nos dispositions à l'empathie. Une œuvre d'une force inouïe, désormais une référence absolue sur les œuvres abordant ces sujets sensibles. Un livre-phénomène unanimement salué par la presse et les lecteurs.

 

 

UNE ADOLESCENCE AU TEMPS DU MARECHAL
de François Augiéras aux Editions Bartillat

Il ne figure ni dans le Robert ni dans le Larousse et pourtant ce bel insoumis génial et insupportable déborde de talent. Poète maudit ou franc tireur, insaisissable, s'échappant de tous les dogmes sauf de ceux de la nature qu'il préfère et de loin aux hommes, récitant Rimbaud sous les astres, passant sa vie entre le Périgord, l'Algérie, le Sahara, loin de Paris qu'il abhorre, infatigable vagabond lancé dans une course sans fin avec pour toile de fond la présence rassurante et inquiétante des forces de la Nature, François Augiéras est un aérolithe dans le ciel de la littérature. Son récit autobiographique, préfacé par Jean Chalon, est le sommet de son œuvre après Le Vieillard et l'Enfant dans les Années 50 sous le pseudonyme d'Abdallah Chaba dont s'entichèrent dès la lecture Gide et Camus, Queneau... puis Le Voyage des Morts signé du même Abdallah avant l' Apprenti Sorcier en 1964 et ce n'est qu'en 1968, 3 ans avant sa mort à 46 ans de misère et d'épuisement, qu'il existe enfin sous son vrai nom. Car on ne fréquente pas impunément les étoiles sans donner beaucoup de soi. Tel un Petit Prince qui dessinera lui même des fresques presque toutes disparues et qui à l'issue de son voyage initiatique hurlera aux quatre vents « Faire confiance aux hommes, oui ! A ceux de l'Avenir ! A l 'Homme actuel, non », Je crains bien qu'il ne faille encore attendre.

 

APPELLE-MOI PAR TON NOM
de André Aciman aux Editions Grasset

Flamboyant roman d'amour paru en 2008 signé André Aciman né en Egypte et vivant aujourd'hui à New-York. Remarquablement traduit par Jean-Pierre Aoustin Call me by your name, son titre original, vient d'être magnifiquement adapté au cinéma par Luca Guadagnino et a glané de nombreuses récompenses dans quelques-uns des plus prestigieux festivals de cinéma. C'est le moment de lire ou de relire cette réflexion sur désir et la passion dont on ne sort jamais indemne. Dans une langue précise et sensuelle l'auteur évoque l'intimité des corps mais aussi la violence inhérente à tout amour hors du commun. D'une puissance qui n'est pas sans rappeler le cultissime Brokeback Mountain cette superbe balade amoureuse est un hymne à la puissance des sentiments qui dépassent les individus.

 

 

A MALIN, MALIN ET DEMI
de Richard Russo aux Editions Quai Voltaire

Bijou de férocité et de drôlerie, le dernier roman de Richard Russo, l’auteur du « Déclin de l’empire Whiting » qui lui valut le Prix Pulitzer en 2002 ou d’« Un homme presque parfait » superbement adapté au cinéma est une œuvre jubilatoire d’une extrême densité peuplée de personnages déjantés. Sully, buveur, fumeur, facétieux, plus rusé qu’un vieux loup de mer est un homme qui attire la poisse dans cette ville de North Bath, station balnéaire dans l’Etat de New-York. Douglas Raymer, personnage secondaire d’Un Homme presque parfait devient ici le véritable héros de ce livre dont le titre américain définit parfaitement l’esprit de ce roman foisonnant : «  Everybody’s fool  ». En effet tout le monde est fou ou en passe de le devenir dans cette chronique insolite où chacun va apprendre à affronter les grandes misères de leurs petites existences. Impossible de raconter la trame de ce récit de 700 pages qui vous prend littéralement au corps. Iconoclaste à souhait.

 

 

LES CYGNES DE LA CINQUIEME AVENUE
de Melanie Benjamin aux Editions Albin Michel

Un remarquable tableau de la haute société new-yorkaise des années 50 où l’élégance, la richesse voisinent avec le scandale. L’héroïne Babe Paley est l’une de ces « Cygnes de la Cinquième Avenue », ces femmes fascinantes qui représentaient le bon goût, le charme, le style et qui évoluaient dans le cercle très fermé des milliardaires, les Stuyvesant, les Vanderbilt, les Roosevelt…  faisant la Une de Vogue ou de Vanity Fair.
Mais en dépit de la fortune plane la solitude, la tristesse, le mal de vivre  et au fond une terrible insatisfaction. Arrive le cheval de Troie en la personne de Truman Capote, l’écrivain extravagant fasciné par ce monde  qu’il veut pénétrer  sans en être, prêt à tout pour un bon mot et pour se faire remarquer. Melanie Benjamin remet à sa juste place cet homme de peu de « sang froid » fat et finalement plutôt futile.
Un portrait désespéré et cruel de cet univers qui paraît si facile mais pourtant si fragile.

 

1917 L'ANNEE QUI A CHANGE LE MONDE
de Jean-Christophe Buisson aux Editions Perrin

C’est le livre du centenaire. 1917 est une année cardinale dans l’histoire du monde. Année essentielle dans le déroulement de la 1 ère Guerre Mondiale avec la première intervention militaire des Etats-Unis en Europe inaugurant leur leadership sur la planète, la Révolution bolchévique en Russie avec la naissance d’une idéologie meurtrière qui bouleversera et ensanglantera le XXe siècle. Mais la grande idée de ce livre-mémoire est de replacer au sein des grands événements politiques les courants artistiques, sociaux et sociétaux qui vont marquer ce siècle, mouvement dada , invention du terme surréalisme ,  premier disque de jazz, création de la Coupe de France de football, apparitions de la Vierge à Fatima, épopée de Lawrence d’Arabie, exploits aériens de « l’as des as » et du « Baron Rouge », aucun aspect de cette date charnière n’est édulcorée. Superbement illustré cet ouvrage novateur brosse les portraits de personnalités en devenir qui vont prendre une place prépondérante dans les années qui suivent : Hitler, Staline, de Gaulle, Churchill, Mussolini, Roosevelt, Proust, Picasso, Freud, Einstein… Une somme sur cette date qui a marqué la fin des Empires inaugurant une nouvelle ère de progrès technique certes mais à quel prix.

 

PEOPLE BAZAAR
Souvenirs d'un infiltré dans le beau monde 1950-2000

de Jean-Pierre de Lucovich aux Editions Séguier.

De la grande époque de Paris Match en passant par Photo ou Vogue Hommes, l'auteur a roulé sa bosse pendant 50 ans dans la vie mondaine tant de la capitale que des hauts lieux de la fête. Il dresse une galerie de portraits de célébrités françaises et internationales et fait revivre quelques mémorables soirées chez Castel, au Plaza Athénée, au Ritz, dans les caves de Saint Germain, dans tous les lieux mythiques de la nuit parisienne. On croise Orson Welles, Gainsbourg, Sagan, Vadim, Saint-Laurent, Mastroianni, Bardot, Belmondo, Woody Allen, Andy Warhol et beaucoup d'autres avec les frasques des uns, les bons mots de certains, les « gentils » et les antipathiques c'est tout un âge d'or qui revit dans ces souvenirs de celui qui fut selon le surnom que lui a donné Beigbeder, la «mémoire vivante de Saint-Germain des Prés ».

 

VENISE
Histoire, Promenades, Anthologie & Dictionnaire
de Delphine Gachet et Alessandro Scarsella
aux Editions Robert Laffont Collection « Bouquins »

Une somme sur la Sérénissime. Conçu par une équipe d’universitaires français et italiens cet ouvrage est l’un des plus riches et des plus ambitieux consacré à « Venise, le plus bel endroit du monde » selon Cocteau. La 1 ère partie relate l’Histoire de Venise depuis ses origines, de l’élection du 1 er doge à la chute de la République, de 697 à 1797, plus d’un millénaire de puissance et de gloire sans oublier la légende mortifère de Venise que Lord Byron codifia.
Les Promenades rassemblent des textes consacrés à la lagune, aux quartiers, aux traditions et se rapproche d’un guide culturel.
Les textes de l’Anthologie n’ont retenu que des oeuvres contemporaines, écrites en prose par des auteurs nés après 1870 et cela nous permet de relire les plus belles pages de Proust, Thomas Mann, Paul Morand…
Enfin le Dictionnaire met en exergue notice après notice, sur un échiquier alphabétique, les nomenclatures, définitions, personnalités, objets, œuvres et grands hommes de Venise, le « plus haut lieu de la religion de la Beauté » comme la définissait Proust.

 

LE DERNIER PARADIS
d’Antonio Garrido chez Grasset

Des Etats-Unis de la Grande Dépression aux steppes enneigées de l’URSS, Antonio Garrido nous plonge une nouvelle fois dans une saga fascinante où amour et suspense se mêlent. Dès son 1 er roman La Scribe , best seller en Espagne et à l’étranger, il démontre une habileté rare à nous entraîner dans une histoire romanesque au cœur même de l’Histoire avec un Grand H. Le Lecteur de Cadavres avait d’ailleurs obtenu le Prix International du roman historique et fut traduit dans une douzaine de langues. Avec Le Dernier Paradis Garrido nous révèle un pan méconnu de l’histoire de ces deux pays frères ennemis, l’émigration de travailleurs américains plongés dans la misère lors de la crise des Années 30 et qui s’embarquèrent pour une terre qui leur faisait miroiter le « paradis des travailleurs » », en vérité une machine à broyer les individus et qui fut le pays le plus totalitaire du XX e siècle.
Avec son dernier ouvrage Antonio Garrido s’impose comme un des plus grands auteurs contemporains de la littérature espagnole.

 

 

 


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